Centers for Disease Control and Prevention (CDC) - Crédit : James Gathany Centers for Disease Control and Prevention (CDC) - Crédit : James Gathany
Alors que les laboratoires BSL-3 et BSL-4 se multiplient à travers le monde, leur localisation et leurs activités restent encore très mal documentées. Une vaste cartographie révèle des disparités géographiques marquées et des zones d’ombre préoccupantes.

Depuis la pandémie de Covid-19, la carte mondiale des laboratoires de haute sécurité biologique se redessine à grande vitesse. Et pourtant, il n’existe encore aucun recensement exhaustif capable de fournir précisément le nombre de ces installations, leur implantation et surtout la nature des activités qui y sont effectués. En 2023, des scientifiques à l’origine de l’initiative Global BioLabs avaient identifié 51 laboratoires BSL-4 opérationnels et 18 en construction ou programmés, soit 69 structures existantes ou en projet. Plus récemment, une équipe de chercheurs de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie) a publié dans la revue scientifique allemande Journal of Public Health une cartographie mondiale élargie aux laboratoires BSL-3. Selon leurs travaux, 3 515 laboratoires BSL-3 sont aujourd’hui répartis dans 149 pays, et 110 BSL-4 dans 34 pays.

Une expansion marquée par de profondes disparités géographiques

Si ces chiffres confirment l’essor rapide de ces installations à travers le monde, ils révèlent aussi de fortes disparités régionales : la moitié des BSL-3 se concentre aux États-Unis (47,1 %), tandis que près de 46 % des BSL-4 se situent dans la région Europe de l’OMS.

Les chercheurs ont également croisé les informations de localisation avec les données démographiques, économiques et de biosécurité. Il en ressort que le niveau de richesse des pays est un facteur décisif dans la distribution des installations : 82,1 % des BSL-3 et 69,1 % des BSL-4 sont situés dans des pays à revenu élevé. Aucun BSL-4 n’a été recensé dans les pays à très faible revenu, et la région Méditerranée orientale n’en compte que deux. Les installations BSL-3 présentent les mêmes disparités : à eux seuls, les États-Unis (47,1 %) et le Royaume-Uni (17,2 %) regroupent près des deux tiers du parc mondial.

Des activités souvent indétectables faute de données publiques

Mais au-delà de la distribution géographique, l’étude pointe une limite cruciale : l’absence d’informations sur l’activité précise d’une grande partie des structures répertoriées. Les auteurs soulignent que seuls 955 des laboratoires BSL-3 disposent de données détaillées permettant d’identifier les agents manipulés ou leurs missions exactes. Pour les autres, l’existence du laboratoire est connue, mais son périmètre opérationnel reste flou. « Par exemple, le Japon et la Russie comptent respectivement 200 et 140 laboratoires BSL-3, mais des informations détaillées sur leur localisation et leurs noms ne sont disponibles que pour six et 21 d'entre eux », note l’étude. Cette opacité complique l’évaluation réelle des capacités nationales, des chaînes de responsabilité et des risques.

Biosécurité : un cadre réglementaire encore très lacunaire

À cette absence de transparence s’ajoute un déficit structurel en matière de régulation : selon l'étude, plus de la moitié des pays déclarant posséder au moins un laboratoire BSL-3 ne dispose d’aucune directive, réglementation ou formation en matière de biosécurité. « Parmi les 34 pays africains déclarant posséder au moins un laboratoire BSL-3, 32 n’ont aucune réglementation, législation ou formation en matière de biosécurité », précise l’enquête. Les auteurs alertent aussi sur la quasi-absence de règles encadrant les recherches à double usage, c’est-à-dire les travaux pouvant, volontairement ou non, générer une menace biologique pour la santé publique et l'environnement. Parmi les pays abritant au moins un BSL-3, 91,6 % ne s’appuient sur aucune règle dédiée.

Face à l’expansion rapide des installations de biosécurité, les chercheurs mettent en garde contre l’absence d’un registre mondial indépendant et actualisé. Ils y voient une « vulnérabilité stratégique » dans un contexte où un incident de laboratoire pourrait avoir des conséquences internationales. Un site de haute sécurité dépourvu de culture solide de biosécurité ou de mécanismes de contrôle efficaces peut devenir, selon leurs mots, « un maillon faible en matière de santé publique ».